Metispresses

  • «Fruit d'un travail s'étendant sur des années, ce texte me surprendra toujours.
    Une première phrase est tombée de ma plume voilà presque vingt ans, presque par hasard. Sa tournure était suffisamment inhabituelle pour être préservée dans un coin de ma mémoire. Prises, abandonnées, reprises, puis négligées, ces Nuits panoramiques sortent enfin de leur obscur tiroir, tirées de leur long sommeil. J'y retrouve la très jeune femme que j'étais, éclairée par cette lumière si étrange que donne le temps qui passe jusqu'à en devenir poétique.
    Véritablement « trace laissée par mégarde », trace encore vivante en moi, ces Nuits sont le reflet d'un cheminement intérieur qui n'avait d'autre but que de réitérer un amour aux multiples ramifications. La poésie, il m'est arrivé de ne plus y croire, comme d'autres ne perçoivent plus le message profond et caché des contes. Il m'est arrivé aussi de douter de la nécessité d'en écrire là où elle est si peu entendue.
    Mais il y a l'Orient, réel ou imaginaire, et qui porte en lui cette nécessité fondamentale, rendant vaine toute justification. L'Orient qui nous rappelle à notre soif de beauté et d'absolu, abolissant les doutes, ouvrant des portes condamnées. Cet Orient qui m'a été offert comme un héritage surabondant d'images, de sensations, de souvenirs.
    Sacralisée par cet Autre de l'Occident, la poésie est un fantôme qui hante la littérature francophone, telle une nostalgie.
    Elle hante tout regard attentif. Et s'il est un écrin naturel qui sache la préserver, les paysages de ce pays qui m'a vue naître ont à offrir leurs lignes d'une pureté totale. Ce n'est pas sans raison que les bords de ces lacs, ces monts, ces vallées helvétiques ont été la destination privilégiée des Romantiques. Cette mémoire-ci aussi je l'ai récupérée, l'ai faite mienne, m'en suis nourrie. Ce texte est finalement le récit brisé d'une double hérédité qui a longtemps cherché son unité, sa plénitude, sa sérénité pour les trouver finalement dans la liberté d'une parole décloisonnée.
    Ici, la poésie est son véhicule, propice aux balbutiements d'une vérité intérieure. Il fallait un texte poétique, là où toute raison est impuissante à découvrir une piste qui vaille, une réponse qui tienne, un visage à aimer. Il fallait un texte poétique là où les Orients et les Occidents se révèlent paires amoureuses, dans la violence symbolique d'une écriture déconstruite ».

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